Questions à un professionnel de la viticulture biologique

Jean Schaetzel, 53 ans, œnologue (diplôme national d’œnologie) pratique la vinification au domaine depuis 1979 et forme les vignerons alsaciens à l’agriculture biologique (CSPPA de Rouffach). Son domaine Martin Schaetzel est une belle découverte de Juillet 2007.

Vignes en agriculture biologique en val de Loire

.JCB : Pourquoi la viticulture biologique est-elle importante ?
Jean Schaetzel : Dans l’âme, je suis bio mais lorsqu’il y a vingt ans je dégustais des vins issus de l‘agriculture biologi-que, je n’étais pas convaincu. Notre domaine est passé en bio suite au scandale de la vache folle. Ensuite, depuis une décennie, les vignerons issus de l’agriculture biologique ont évolué et nous pouvons trouver désormais de très grands vins de la viticulture bio.
Je culpabilisais lorsque j’utilisais les produits chimiques, et c’est Claude Bourguignon (spécialiste des terroirs) qui m’a ouvert les yeux. Par la suite je suis devenu responsable d’une formation de vignerons auxquels participaient des gens comme Deiss, Zusslin ou Ostertag et j’y ai inclus la viticulture bio. Notre mentalité changeait : lorsque vous êtes en conventionnel et que vous avez un problème, vous avez recours aux produits chimiques, lorsque vous êtes en bio et que vous avez un problème, vous vous posez la question du pourquoi de ce problème afin de le solutionner plutôt que le développer. La bio donne le moyen à la plante de résister au temps et à la maladie. Elle est un mode de réflexion : s’attaquer à la racine du mal. La viticulture bio est indispen-sable afin de développer du bon raisin sans produits chimi-ques et je peux vous assurer que cela fonctionne.

Depuis les quinze dernières années, il y a eu beaucoup de changements à la fois dans la consommation du vin et dans la viticulture à l’étranger. Pourquoi notre pays, ayant une histoire viticole, a de nombreux problèmes pour la vente, la communication ? Nous (une poignée de vignerons qui sui-vaient ma formation) sommes aperçus que nos vins res-semblaient aux autres vins de pays étrangers pratiquant nos cépages. Nos pieds de vignes étaient hors sol, il n’y avait plus de symbiose entre le terroir et la plante. Avec notre ex-périence et celle de Claude Bourguignon, nous avons conclu qu’il faut enraciner le terroir, et remettre le sol en état en ou-bliant les produits chimiques. Nous avons constaté que la vigne résistait mieux grâce à l’enracinement et que les vins gagnaient en profondeur grâce l’acidité saline. Mais la Bio a un talon d’Achille : le cuivre qui est autorisé en bio. En effet il est toxique pour le sol. Il fallait trouver une solution, et Jean-Pierre Frick a réussi à diminuer considérablement les doses de cuivre. De sept à quinze kilos par application, il n’emploie plus que cinq kilos pour une accumulation de sept applica-tions. Le résultat est flagrant : plus de traces dans les sols.
La suite sur le livre Guide des vins vivants éditions anagramme
Vignes désherbées en Champagne
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